mercredi 1 février 2017

Arrêté à Retjons (Landes) en 2014, Pascal Jardin est jugé pendant deux semaines pour le meurtre d’une jeune femme, poignardée à 123 reprises, en Saône-et-Loire en 1996. Un enquêteur raconte 
Au surlendemain de Noël, un soir de décembre 1996, Christelle Blétry, une jeune lycéenne de 20 ans, succombe à 123 coups de couteau à Blanzy en Saône-et-Loire
La découverte de son corps au bord d’une route de campagne, rappelant d’autres sordides fait-divers, entraîne alors une importante mobilisation dans cette affaire dite des "disparues de l’A6" ou des "disparues de Saône-et-Loire".
Pendant 17 ans l’enquête piétine, jusqu’à ce que le dossier soit notamment confié en 2013 à un nouvel enquêteur, le policier Raphaël Nedilko. Après avoir officié au 36 Quai des Orfèvres, le siège de la police judiciaire à Paris, Raphaël Nedilko "miné par les jalousies et les règlements de comptes internes", demande à être changé de crèmerie et être nommé en province, raconte le journal Le Parisien
Raphaël Nedilko débarque alors en Saône-et-Loire et reprend fin 2013 le dossier des disparues, celui de Christelle Maillery, retrouvée morte en 1986 dans une cave et celui de Christelle Blétry.

De nouvelles analyses

Un an plus tard, l’enquêteur se déplace en personne à Retjons dans les Landes pour interpeller un suspect, Pascal Jardin, qui est actuellement jugé par la cour d’assises de Saône-et-Loire pour le viol et le meurtre de la jeune femme. Comment est-il remonté à cette piste ? Pourquoi l’affaire a-t-elle rebondi une quinzaine d’années après les faits ?
Appelé à témoigner jeudi, à la quatrième journée du procès de Pascal Jardin, Raphaël Nedilko raconte : "très vite, je fais part [au nouveau magistrat instructeur, ndlr] qu’il restait des scellés" dans cette enquête "et qu’il était important d’en faire l’inventaire". "Le jour-même", tout était "mis en oeuvre".
"Les techniques ayant évolué et le fichier national automatisé des empreintes génétiques ayant été créé (en 1998, ndlr)", de nouvelles analyses sont commandées, explique Yves Carry, commandant à la Direction interrégionale de la police judiciaire de Dijon, cité par le quotidien local Le Journal de Saône-et-Loire qui retranscrit en direct le procès. "Nous avons ordonné les scellés par ordre de pertinence car il fallait plus de 200 000 euros pour effectuer les analyses complètes", précise Raphaël Nedilko.

Trahi par une agression commise en 2004

Après sa condamnation, il s’installe en Gironde puis dans les Landes
Les analyses sur les vêtements de Christelle Blétry livrent deux ADN, celui de la victime et celui d’un homme, Pascal Jardin, condamné pour une tentative d’agression sexuelle commise en 2004 à Chalon-sur-Saône.
Alors âgé de 44 ans, Pascal Jardin s’était présenté comme chauffagiste au domicile d’une jeune femme de 23 ans, avant de revenir une dizaine de jours plus tard. "En quelques secondes, il s’est déshabillé dans la cuisine et je l’ai retrouvé en slip derrière moi. J’étais coincée dans ce petit espace. J’ai hurlé. Il avait un couteau", avait témoigné sa victime en 2014 au Journal de Saône-et-Loire. Elle n’a dû son salut qu’à l’intervention du père de sa petite fille. 
Lundi, dans le box des accusés, Pascal Jardin n’a pas contesté cette agression commise en 2004. "J’ai honte de ce que j’ai fait. J’étais en pleine dépression, plus rien n’allait, au niveau professionnel et dans mon couple", s’est-il défendu. Il avait alors été condamné à deux ans de prison, dont un avec sursis, et son ADN avait été consigné au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG).
Dix ans plus tard, c’est l’inscription de cet ADN au fichier des empreintes génétiques qui a conduit à son arrestation dans les Landes en 2014. Entre-temps, Pascal Jardin, père de deux enfants et divorcé depuis la tentative d’agression sexuelle, avait refait sa vie dans le Sud-Ouest.  
Il s’était d’abord installé en Gironde, où il était employé à Gradignan en tant que téléprospecteur, avant de rejoindre les Landes. "On a hésité mais finalement on [avec sa nouvelle femme, nldr]  a décidé de partir. On m’a proposé une maison. J’ai effectué plusieurs emplois avant d’être embauché dans une société de cailles", a-t-il raconté vendredi dernier au 5e jour de son procès, cité par Le Journal de Saône-et-Loire.

Il passe aux aveux puis les retire

C’est dans sa maison landaise de Retjons que le meurtrier présumé a été arrêté le 9 septembre 2014.  Placé en garde à vue, Pascal Jardin est interrogé par le policier Raphaël Nedilko, qui fait "sauter ses congés d’été" pour recueillir les aveux de l’ouvrier agricole au bout de la 4e audition. 
Devant la cour d’assises de Saône-et-Loire, l’enquêteur raconte le déroulement de la garde à vue et des auditions. 
"Dans la première audition, on n’aborde pas le meurtre de Christelle Blétry, mais on évoque l’agression de 2004. L’audition est plutôt cordiale. Dans la 2e audition, je lui donne les raisons de sa garde à vue. Je ne lui parle pas de la génétique. Je lui demande s’il connaît Christelle Blétry" Raphaël Nedilko cité par le JSL
Pascal Jardin affirme d’abord ne pas connaître la jeune femme, dit n’avoir jamais entendu parler de l’affaire. "Je suis vicieux, j’aime entendre quelqu’un mentir quand je connais la vérité", poursuit le policier. 
La troisième audition se passe, Raphaël Nedilko lui parle pour la première fois des analyses ADN. "Il ne comprend pas (…) Je lui explique que l’ADN est issue de son sperme". Pascal Jardin ne change pas de position. Puis vient une 4e audition.
Avant de l’interroger, dans la cour du commissariat de Bordeaux, le policier lui offre un café, un cigare : "je lui parle à coeur ouvert" :
"La discussion est respectueuse, honnête. Lui et son avocate sont en pleurs. Je suis décontenancé, on remonte le couloir, puis là j’ai bien compris que quelque chose avait changé". Raphaël Nedilko cité par le JSL
Quelques instants après cet échange, le 10 septembre, Pascal Jardin passe aux aveux. Avant de les "retirer" un mois plus tard.

"On en est à votre quatrième version"

À l’audience lundi pour le premier jour de son procès, le meurtrier présumé, accablé par de nombreux éléments d’enquête, a de nouveau nié. "Je n’ai pas tué Christelle Blétry", a-t-il clamé.
Il décrit désormais une relation sexuelle consentie avec cette jeune femme qu’il avait aperçue paniquée sur le bord de la route alors qu’il rentrait du travail en voiture. Selon sa version, chacun serait ensuite reparti de son côté. "On en est à votre 4e version!", lui rétorque un avocat de la partie civile, avant de pointer ses incohérences : "vous croisez une jeune fille affolée, vous ne vous dites pas 'je vais la ramener chez elle’ ?"
Au fil de l’audience, Pascal Jardin continue de nier. Les aveux étaient "faux", dit-il. "M. Jardin vous êtes un menteur et un lâche", lui répond le policier Raphaël Nedilko, cité par Le Parisien. L’enquêteur se tourne vers la Cour : "Je souffre pour cette famille qui attend une réponse. Je n’attends qu’une chose : protégez nos femmes et nos filles".
Le procès de Pascal Jardin doit s’achever vendredi 3 février. Il encourt la réclusion à perpétuité.
 
 
 
 

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