vendredi 24 février 2017

Meurtre de Yannick à Saint-Vit : une reconstitution pour enfin comprendre

Le 6 février 2016, il avait été poignardé à mort à la sortie d’un bar de Saint-Vit. Hier soir, les meurtriers présumés de Yannick Ribard, deux jeunes du quartier des 408 à Besançon, ont été extraits de leur détention provisoire et ramenés sur les lieux du crime pour une reconstitution des faits. Une étape cruciale pour l’instruction, alors que certaines incohérences demeurent. La famille et les amis de la victime, eux, ont tenu à être présents pour se confronter aux agresseurs. Ambiance pesante
Ça me rappelle quand j’ai ouvert les volets ce matin-là. Je m’en souviens, il y avait du sang par terre et il y avait ce même camion blanc, sauf que les gendarmes étaient habillés comme des cosmonautes. » Derrière ses rideaux, mi-inquiète, mi-curieuse, Claudine tend le cou. Sa vue donne directement sur le parking de la rue du Frêne à Saint-Vit, où s’est noué le drame, au petit matin du 6 février 2016.
Un an après le meurtre de Yannick Ribard, poignardé à la sortie d’un bar voisin, la scène est rejouée sous ses yeux. Un brin surréaliste.
Tout est là ou presque. Tout et tous. Sauf Yannick. Extraits de leur cellule le temps de la reconstitution des faits, Maël Doudou et Rachid Ben Massaï, les deux jeunes du quartier bisontin des 408 mis en examen, sont menottés et harnachés. Visages fermés, mâchoires serrées.

Une scène rejouée à l'identique ou presque

En présence de la juge d’instruction bisontine, des enquêteurs de la section de recherches, de leurs collègues gendarmes et des avocats de la défense et des parties civiles, on tente, sous les fenêtres de Claudine, de retracer ce qui s’est exactement passé, ce samedi matin sur ce funeste parking. Et ce, à la seconde près. Rien n’est laissé au hasard, tout est scrupuleusement filmé.
La pluie tombe, la nuit l’a précédée. Un projecteur éclaire les lieux. Au sol, une quinzaine de chiffres peints au rouge, qui matérialisent des éléments de la scène du crime. Une voiture - celle des agresseurs présumés - occupe l’espace. Une bouteille en plastique remplace celle en verre, brisée sur Yannick. Un mannequin fait office de corps. Un chapiteau est monté, des tables dressées, on y dépose des ordinateurs, des appareils photos, des dossiers... Et à quelques mètres de là, cette stèle du souvenir érigée selon la volonté de la mère de la victime, qui clignote, lancinante.

« Il y a des incohérences sur l’enchaînement des faits »

Une reconstitution des faits est toujours un moment fort de l’instruction d’une affaire criminelle. Ces heures stratégiques ont été mises à profit pour confronter les versions de chacun au réel et tenter, surtout, d’éclairer les incohérences du dossier, de lever certains doutes, certaines approximations.
Le meurtre de Yannick Ribard, en effet, reste en partie inexpliqué. Une hypothèse avait rapidement circulé : la victime aurait porté secours à une jeune femme agressée (et blessée) par Maël Doudou et Rachid Ben Messai. Cette théorie s’est vite écroulée comme un château de cartes.
« En fait, on ne comprend pas du tout ce qui s’est passé ! On ne comprend pas pourquoi cette bagarre a lieu, ni pourquoi elle se délocalise à plusieurs dizaines de mètres du bar », observe une source proche de l’enquête, « il y a du bruit, ça court, ça crie… Il y a des choses claires dans le dossier, on sait, par exemple, qui a porté des coups de couteau, qui ne l’a pas fait, mais il y a des incohérences sur l’enchaînement des faits. » C’était, ce jeudi, tout l’intérêt de l’exercice, soumis à une tension palpable.
Au vu de l’identité des deux tueurs présumés, tout le quartier saint-vitois avait été bouclé. Des dizaines de gendarmes de la compagnie de Besançon avaient été mobilisés, renforcés par un demi-escadron de gendarmes mobiles venus de Wissembourg (Alsace). Du bleu partout.
Seules trois personnes ont été autorisées à approcher. La mère et les deux sœurs de Yannick Ribard. Les femmes avaient exprimé leur besoin viscéral de voir - enfin - les meurtriers présumés du fils, du frère adoré. De sonder leurs attitudes, leurs silhouettes, leurs regards. Une épreuve difficilement soutenable. Et un avant-goût de ce qui attend famille et proches de Yannick, lors du futur procès aux assises.
http://www.estrepublicain.fr/edition-de-besancon/2017/02/24/meurtre-de-yannick-a-saint-vit-une-reconstitution-pour-enfin-comprendre

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