samedi 18 mars 2017

Urgences : une mort qui pose question

« Je ne veux pas en rajouter. Tout est vérifiable avec les caméras de surveillance. Je dénonce ce que ma maman a vécu pour que ça n’arrive pas à d’autres. »
Marie-Claude Wuthrich, de Vézelois (90), est sous le choc, « traumatisée », comme elle le dit, par ce qu’elle a vécu du 12 mars, à 13 h, au 13 mars, à 1 h 30. « Dimanche matin 12 mars, ma maman Marie-Thérèse, 84 ans, a fait un malaise avec perte de connaissance. Elle est tombée mais est revenue à elle. J’étais à ses côtés. Vers midi, elle a fait un nouveau malaise avec perte de connaissance. J’ai aussitôt appelé le 18. Les pompiers l’ont prise en charge et transférée aux urgences de l’Hôpital Nord Franche-Comté (HNFC), à Trévenans, où elle est arrivée à 13 h. Le temps de préparer les papiers et quelques affaires, je suis arrivée aux urgences vers 14 h. Tout de suite, j’ai demandé à voir ma maman. On m’a dit de m’asseoir en salle d’attente, qu’il fallait attendre la visite du médecin », rapporte Marie-Claude Wuthrich.
Régulièrement - trop ? -, Marie-Claude insiste pour avoir des informations. « Au bout de ma troisième demande, passé 16 h, à l’accueil on m’a dit : ‘‘Eh bien, si tout le monde faisait comme vous… Allez vous asseoir… Ici, c’est pas un zoo’’ (sic). »
Vers 20 h, Mme Wuthrich s’énerve, veut voir sa mère… « En salle d’attente, on sentait des tensions, de l’énervement. Les gens - beaucoup étaient là depuis des heures - râlaient. Un monsieur est devenu plus virulent, limite violent. Les agents de la sécurité sont intervenus » se rappelle Mme Wuthrich. Peu après 20 h, elle a le droit de voir sa mère. Cinq minutes. « Maman était dans un box. Pas de perfusion, aucune visite de médecin, rien. Elle était comme elle était arrivée… Elle m’a dit : ‘‘On m’a oubliée, je veux repartir.’’ Elle n’allait pas mal mais elle en avait assez. »

« Maman s’est écroulée dans ce long couloir comme un poids mort »

Marie-Claude demande pour signer une décharge : « On m’a répondu : ‘‘C’est impossible.’’ Je suis retournée en salle d’attente. Vers minuit, je me suis de nouveau fâchée. La secrétaire de nuit m’a dit qu’un médecin allait voir ma maman. Ensuite, j’ai pu aller auprès d’elle en attendant les résultats de sa prise de sang. Maman allait bien. Elle avait faim et soif. Je lui ai donné une petite pastille de menthe. Elle a rigolé. Et j’ai vu le médecin, ou plutôt l’interne. Il m’a dit que l’électrocardiogramme était bon, qu’elle avait une bonne tension, même si anxieuse. Il a dit : ‘‘Elle va pouvoir sortir mais on attend la prise de sang pour être sûr.’’ A 1 h 20, on m’a dit que c’était bon. Je pouvais rhabiller maman et nous pouvions partir. Dans les couloirs, j’ai dit à maman de marcher doucement, surtout après avoir été couchée douze heures. On s’est perdue. Nous cherchions quelqu’un pour nous aider. Nous n’avons trouvé personne. Nous sommes arrivées dans un grand couloir. Maman a fait trois pas et s’est écroulée comme un poids mort. Je la tenais par le bras. Je n’ai pas pu la retenir. En tombant, elle s’est fracassé la tête contre le mur. J’ai hurlé à l’aide, à l’aide… Du personnel est arrivé. Puis un médecin. Maman était toute bleue. Elle est partie sur un brancard. Une cadre, je crois, a proposé de me raccompagner en salle d’attente et m’a demandé si j’avais besoin de soutien… Au bout d’une heure, un médecin, l’interne de ma maman, et une cadre m’ont reçue dans une salle. On m’a expliqué la réanimation, l’appel à un cardiologue d’urgence et le décès de ma maman. Ils ont fait des recherches sur les causes du décès : embolie pulmonaire. »
Marie-Thérèse Jolissaint est décédée à 1 h 30 le 13 mars dans un couloir des urgences de Trévenans. Sa fille, Marie-Claude Wuthrich, est rentrée chez elle à 4 h.

http://www.estrepublicain.fr/edition-belfort-hericourt-montbeliard/2017/03/18/urgences-une-mort-qui-pose-question

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