vendredi 26 mai 2017

Dramatique incendie de Marseille : la piste criminelle évoquée

Au coeur de la résidence des Amandiers (12e), la colère, pour ne pas dire la haine - elle survient habituellement dans un second temps - ont largement et très rapidement supplanté la tristesse, et le deuil. Les cendres étaient à peine refroidies dans le bâtiment 18, hier matin, que la tension qui couve depuis des mois au sein de cette copropriété de 280 logements éclatait au grand jour. Les uns reprochant le terrible malheur qui avait frappé à 3 h du matin aux autres, et inversement. La plupart assurant que ce drame était annoncé.
"On a été convoqué encore mardi au commissariat et on les a prévenus que ça allait mal finir !", pestait un voisin. Par "ça", ce résident évoquait à mots couverts le conflit latent entre un couple - Fatma et Mourad Belgacem - propriétaires du logement du rez-de-chaussée depuis deux ans environ, et une bonne partie de la copropriété. De nombreuses plaintes auraient été déposées ainsi que des signalements divers et variés (lire ci-contre), de part et d'autre, pour des insultes, des menaces, etc.

Retrouvée carbonisée dans le hall de l'immeuble

Alors que s'est-il passé hier au milieu de la nuit dans ce local à deux-roues dans lequel une très forte déflagration est survenue et duquel un terrible feu est parti ? L'origine de ce sinistre est-elle purement accidentelle, dans un contexte plus que tendu ? Hier matin, aucun habitant du quartier, dont bon nombre ont été auditionnés par la police, n'y croyait. D'autant que le commandant des secours des marins-pompiers évoquait "un feu très virulent", boosté par la présence d'hydrocarbures. Les enquêteurs de la brigade criminelle de la Sûreté départementale tentent de rassembler les preuves nécessaires à déterminer le scénario exact de ce sinistre. "Toutes les pistes sont ouvertes, et la piste criminelle en fait partie", assurait un proche de ce dossier.
Reste que Fatma Belgacem, 37 ans, a péri, retrouvée carbonisée dans le hall de l'immeuble, à deux pas de son logement du rez-de-chaussée. Son mari, très choqué, a été hospitalisé. Une famille a également été décimée, celle qui vivait au 2e étage : Arsen Kotcharian, quasiment la soixantaine, brûlé à 70 %, et qui lutte toujours à l'hôpital de La Conception pour survivre ; Ilya, son épouse, une jeune "mamie" de 50 ans ; leur fille Samantha âgée de 27 ans et leur petite-fille Allison, 2 ans et demi. Les trois ont été retrouvées asphyxiées au niveau du palier du premier étage.

La petite Allison, alors là, elle, c'était une princesse

Hier dans la nuit, les victimes sont celles qui ont tenté de fuir (voir les consignes en bas de page). Une vingtaine de résidents, restés confinés chez eux jusqu'à l'arrivée des marins-pompiers, ont pu être sauvés des flammes et des fumées très épaisses et toxiques. Il faudra sans doute des semaines avant qu'ils puissent retrouver leur logement, tant le rez-de-chaussée a été endommagé, comme la structure même de l'escalier. Un désagrément matériel comparé au bilan humain, l'un des plus lourds que Marseille ait connu en termes de feux urbains...
"On passait nos réveillons de la Saint-Sylvestre avec eux, on allait pêcher, se souvenait Alain, le voisin du 1er étage, Arsen, c'était le grand frère de tout le monde ici. Sa femme, c'était la même, tellement avenante. Leur fille, Samantha, c'était comme notre fille, et la petite Allison, alors là, elle, c'était une princesse. Concrètement, si vous aviez besoin d'amis, c'était eux qu'il fallait avoir..."
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L'une des victimes redoutait un incendie

Un mois jour pour jour avant l'incendie, nous avions rencontré l'une des victimes, Fatma Belgacem, dans le cadre d'une enquête sur un projet immobilier à l'origine de vives tensions dans le quartier. La vente de terrains, au nord de la résidence, pour laquelle un compromis a été signé en 2016, doit rapporter 9 millions d'€ à la copropriété. De quoi entraîner des assemblées générales houleuses, parfois même en présence d'huissiers de justice. Le 25 avril, Mme Belgacem nous avait fait part de problèmes de voisinage liés, selon elle, à la fronde menée contre le changement de syndic. L'un de ces voisins, féru de mécanique, "stocke des produits inflammables dans un local à côté de mon appartement", nous expliquait la jeune femme, redoutant, entre autres nuisances, le risque d'incendie. Si bien que sa petite-fille avait écrit une lettre au Défenseur des droits de l'enfant. Lequel avait adressé une mise en demeure au syndic. Contacté hier par La Provence, ce voisin incriminé assurait avoir "enlevé ces bidons d'essence il y a un an et demi", ajoutant : "Hier soir, il n'y avait dans le local que des deux-roues."
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"Il ne faut pas tenter de fuir, mais se calfeutrer"

"J'ai été pompier pendant deux ans, alors malgré une panique difficilement contrôlable puisque je m'y suis repris à plusieurs fois pour m'habiller, je savais quoi faire pour protéger les miens", explique Alain, le voisin du dessus de l'appartement ravagé par les flammes. Quelques minutes plus tôt, le commandant des opérations de secours, un capitaine de corvette du Bataillon des marins-pompiers, rappelait ces consignes simples : "Il ne faut surtout pas tenter de fuir par les parties communes, mais au contraire se calfeutrer dans son logement, le confiner en disposant des linges humides au pied de la porte et aller se placer soit aux fenêtres ouvertes soit sur un balcon ou une terrasse et se signaler aux secours." Sur son site internet, le ministère de l'Intérieur précise aussi qu'au cas où les fumées entreraient tout de même dans le logement, il est nécessaire de ramper au sol et de se couvrir le nez et la bouche avec un linge humide.

Justicehttp://www.laprovence.com/faits-divers

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