mercredi 12 juillet 2017

Le juge Lambert retrouvé mort

La nouvelle est tombée vers 21 h 30. À la fois laconique et terrible. L’ancien juge Jean-Michel Lambert a été retrouvé mort chez lui, près du Mans. Selon les premiers éléments dévoilés à la presse, il avait la tête dans un sac plastique. La thèse d’un suicide serait privilégiée. L’enquête a été confiée au SRPJ d’Angers qui devra déterminer les causes de la mort de l’ex-magistrat, âgé de 65 ans. Il était parti à la retraite en 2014.
Difficile de ne pas faire le lien entre ce drame et les derniers rebondissements dans l’affaire Grégory. Une affaire qui lui est tombée dessus en octobre 1984. Il est alors le seul juge d’instruction en poste à Epinal. C’est donc lui qui a été chargé d’élucider ce qui allait devenir l’énigme du siècle : l’assassinat du petit Grégory Villemin.
Vite surnommé par la presse « le petit juge » en raison de son allure juvénile malgré ses 32 ans, il est d’abord parti sur la piste de Bernard Laroche, le cousin du père de l’enfant retrouvé mort dans la Vologne. Il l’a inculpé et écroué le 5 novembre 1984. Avant de changer de conviction et de le remettre en liberté quatre mois plus tard.
Il a alors confié l’enquête aux policiers de la P.J. de Nancy et comme eux, il a soupçonné Christine Villemin, la mère du petit Grégory, d’avoir tué son propre fils. Il l’a à son tour inculpée et écrouée en juillet 1985. La thèse de la mère infanticide a toutefois fini par être mise à mal lorsque le dossier a été délocalisé sur Dijon et la mère a bénéficié d’un non-lieu pour « absence totale de charge ».
Une forme de désaveu du travail du juge Lambert qui a été fortement attaqué aussi bien par ses pairs que par la presse. Dans cette affaire folle où tout le monde a dérapé, il lui a été reproché des erreurs de procédure ainsi qu’une trop grande proximité avec les médias.
Sa carrière a été plombée par ce dossier hors-normes. Il n’a plus jamais été juge d’instruction. Il s’est retrouvé simple juge du siège à Bourg-en-Bresse. Puis, au début des années 2000, il avait été muté au Mans comme vice-président chargé de l’instance.
Malgré les attaques violentes dont il continuait à être la cible, il avait semble-t-il réussi à surmonter le choc de l’affaire Grégory. Lorsque nous avions pu le rencontrer en septembre 2014, lors de son départ à la retraite, il avait attribué sa résistance à sa vie de famille équilibrée auprès de sa femme et sa fille, son goût pour la course à pied et sa passion pour l’écriture.
Après un premier livre décrié intitulé Le petit juge où il racontait notamment avoir pleuré en écoutant du Léo Ferré avant d’inculper Christine Villemin, il avait écrit plusieurs polars solides. Son dernier livre De combien d’injustices suis-je coupable ? sorti en 2014, était une réflexion très critique sur son métier de juge.
Quelques pages étaient consacrées à l’affaire Grégory et en particulier à la mort de Bernard Laroche, abattu par le père de l’enfant assassiné. « Je suis l’un des artisans de cette abjection », avait écrit Jean-Michel Lambert, persuadé de l’innocence de Bernard Laroche. Il venait d’écrire un nouveau polar qui devait sortir en octobre prochain. Mais il a fini par être rattrapé par la malédiction qui semble entourer l’affaire Grégory.
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http://www.estrepublicain.fr/edition-de-nancy-ville/2017/07/12/le-juge-lambert-retrouve-mort-gqmu

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