samedi 3 février 2018

20 ans pour meurtre pour le chauffeur de taxi

Son obsession de l’argent lui aura coûté cher. Ce vendredi, au terme de 4 jours de procès et de 6 heures de délibéré, Christophe Voignier, 47 ans, chauffeur de taxi nancéien, a été reconnu coupable de meurtre et condamné par la cour d’assises en appel de Moselle à 20 ans de réclusion. L’avocat général avait requis la culpabilité pour assassinat et 30 ans. L’an passé, à Nancy, il avait été condamné pour cette qualification d’homicide avec préméditation et écopé de 25 ans et ce, alors que les réquisitions étaient nettement moindres : 18 ans.
Dans la nuit du 14 au 15 août 2013, Christophe Voignier avait pénétré chez Fadila Houfani, 47 ans, l’une de ses locataires, qui avait des retards de loyers. Il avait escaladé l’échafaudage dressé contre la façade de l’immeuble, rue de la Colline, à Nancy, était entré dans le studio, la porte-fenêtre étant ouverte. Il avait étranglé la victime, l’avait frappée avec un gaufrier puis, pour faire croire à un suicide, l’avait basculée dans le vide depuis le 4e  étage.
« Peut-on mourir pour des loyers impayés », a questionné l’avocat général Jean-Yves Goueffon. « Quand Voignier a posé le pied sur l’échafaudage, Fadila Houfani était condamnée à mort. L’intention homicide est évidente. La violence de la scène en témoigne. Cette volonté de tuer est-elle concomitante à l’acte ? A-t-elle été conçue avant ? Les témoignages prouvent qu’il y a eu préméditation. Fadila Houfani explique en 2012 à la police que Voignier l’a menacée de mort si elle ne payait pas. Un témoin affirme que l’accusé lui a dit qu’il voulait écraser sa locataire avec son taxi et faire passer cela pour un accident ».
Implacable, le représentant du parquet relève que le propriétaire « a massacré la victime avant de la défenestrer ». Il s’adresse à lui : « Votre seule morale, c’est l’argent. Vous avez transgressé le tabou le plus absolu, celui de la vie. Et je n’ai jamais perçu le plus petit signe d’empathie ».

« Punir doit avoir un sens »

Pour Me Royer, l’un des 2 avocats de Voignier, ce dernier « n’est pas un assassin. La préméditation, en droit, est un projet froid, mûri, réfléchi. Dans ce dossier, elle n’est pas une évidence. D’ailleurs, elle n’a été retenue par le juge que 2 ans après les faits ». Le conseil la fera sauter.
Toujours brillante quand il s’agit d’évoquer la personnalité de ses clients, Me Boh-Petit humanise le chauffeur de taxi. « Faire à tout prix de l’accusé un être noir n’est pas la justice. Il convient de faire la part des choses. En 2012, Mme Houfani a décrit Voignier à la police comme un véritable tortionnaire avec ses enfants et un agresseur sexuel. L’enquête a démontré qu’il n’en était rien. Cet acte est-il celui d’une pauvre femme terrorisée par Voignier ? Non. Notre client a donné des détails qui ont été vérifiés et qui sont justes.Cet homme-là ne ment pas ».
Elle fustige les avocats des parties civiles qui se sont indignés de l’appel de Voignier, pointe du doigt « la malhonnêteté intellectuelle » de l’avocat général qui « a sorti le spectre de la récidive ».
« Punir doit avoir un sens, ce n’est pas la loterie. En janvier 2017, à Nancy, le parquet avait requis 18 ans. Là, en janvier 2018, à Metz, il requiert 30 ans. Comment Voignier peut-il comprendre la justice ? Il me demande pourquoi une telle différence. Je ne sais pas quoi lui répondre… »


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