dimanche 25 mars 2018

Attaques terroristes dans l’Aude: Jean, Hervé, Christian, Arnaud... Qui étaient les victimes?

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« Tout le monde se connaît ici. C’est un petit village. Les personnes qui ont été tuées, c’était des amis… » Les yeux embués par les sanglots derrière ses lunettes, Louis, retraité, a assisté, ce dimanche matin, à la messe en souvenir des quatre personnes abattues, vendredi, lors des attaques terroristes dans l’Aude.


Deux jours après les faits, les Français sont nombreux à rendre hommage, dans la rue ou sur les réseaux sociaux, au colonel Arnaud Beltrame qui a donné sa vie pour sauver des otages et aux trois civils qui ont été abattus par Radouane Lakdim. 20 Minutes retrace leurs portraits…

Jean Mazières, 62 ans. « Il voulait seulement profiter de la vie… »


Dimanche matin, les membres du Comité des fêtes de Villedubert (Aude) se sont naturellement rassemblés pour évoquer le souvenir de Jean Mazières, 62 ans. Vendredi matin, « Jeannot » comme ils l’appellent toujours, a été la première victime de Radouane Lakdim, l’auteur de l’attentat de Trèbes. Tué par balles alors qu’il se trouvait dans la voiture que le djihadiste a volée sur les hauteurs de Carcassonne pour perpétrer ses attaques.


« ‘‘Jeannot’’, c’était une personnalité très simple, joyeuse, conviviale, se souvient avec émotion Didier Catuffe, son ami et président du Comité des fêtes. Il était toujours prêt à rendre service. Encore plus depuis qu’il était à la retraite… »

Viticulteur dans cette petite commune de 400 habitants, Jean Mazières avait vendu ses vignes il y a quelques mois après une vie entière consacrée à l’exploitation créée des années plus tôt par son propre père. « Désormais, il voulait seulement profiter de la vie. C’est terrible… », poursuit Didier Catuffe. Marié, Jean Mazières avait une fille de 19 ans.

Hervé Sosna, 65 ans. « C’était un grand Monsieur ! »


Hervé Sosna était à la retraite depuis quelques années déjà. Mais ses anciens collègues qui travaillaient avec lui dans l’entreprise locale de bâtiment se souviennent encore aujourd’hui avec émotion de sa gentillesse. « Il était très serviable. Toujours prêt à rendre service. Et c’était un très bon ouvrier, explique ainsi Victorin à 20 Minutes. C’était un grand Monsieur ! »

Un « grand Monsieur » qui s’était un peu renfermé sur lui-même depuis la mort de ses parents, préférant la compagnie des livres. « Il lisait énormément. Surtout des poèmes », lâche un de ses amis vivant dans l’impasse de la gare de Trèbes où tout le monde le connaissait.
Vendredi matin, en sortant de sa petite maison, il a justement décliné l’aide d’un voisin qui se proposait de l’emmener en voiture au Super U, préférant marcher. Radouane Lakdim a ouvert le feu sur lui quand il a pénétré dans le supermarché. Il avait 65 ans. Bouleversée, sa belle-sœur confie, au téléphone, qu’elle ne réalise toujours pas. « C’est trop dur… », souffle-t-elle doucement.

Christian Medves, 50 ans. « Une cuvée de vin en son honneur. »


Dans cette terre de vin que Christian Medves affectionnait, l’idée n’a pas mis longtemps à germer dans l’esprit de ses proches. « En sortant de la messe ce dimanche, on a un peu discuté et on a décidé de faire une cuvée en son honneur, confie Franck Alberti, son ami. À chaque fois qu’on ouvrira une ‘fiole’, on le fera survivre… »

Âgé de 50 ans, Christian Medves, boucher au Super U de Trèbes, a été abattu par Radouane Lakdim vendredi matin. « Il venait de finir son service et de se changer. Il se dirigeait vers la sortie », précise Franck Alberti. Le terroriste a mis son pistolet sous sa gorge et a tiré sans sommation, montrant ainsi autant sa détermination que sa folie. « S’il avait pu faire quelque chose, je suis sûr que Christian l’aurait fait… », poursuit son ami avocat.
Grand-père depuis un an, Christian Medves était « une vraie personnalité ». Capable d’entraîner ses proches à faire le marathon du Médoc, de se lancer dans un trek avec l’une de ses deux filles mais aussi de faire la fête jusqu’au petit matin. « Quand on savait qu’il venait, on se préparait. Il fallait être en forme pour le suivre… »

Arnaud Beltrame, 45 ans. « Au service des autres jusqu’au bout. »


Sa mère est bouleversée. Et en même temps, elle n’est pas surprise. « Il a toujours été comme ça, a-t-elle confié au micro de RTL. Il disait ‘Je fais mon travail, c’est tout.’ ». Et le travail d’Arnaud Beltrame était de protéger les autres. Vendredi, le lieutenant-colonel de gendarmerie n’a pas hésité à se substituer à une otage que retenait Radouane Lakdim. Touché par plusieurs balles lors de la fusillade, il est décédé dans la nuit de vendredi à samedi.


« Seule sa foi peut expliquer la folie de ce sacrifice qui fait aujourd’hui l’admiration de tous », a témoigné le père Jean-Baptiste, qui l’accompagnait avec son épouse Marielle, dans leur préparation au mariage religieux, prévu en juin. « Il savait que sa vie (…) était aussi à Dieu, à la France, à ses frères en danger de mort », a écrit le prêtre sur le site du diocèse, en évoquant en particulier « l’authentique conversion » du gendarme, alors qu’il avait 33 ans.


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